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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 16:11

Samedi 4 juin 3H30 du matin....

Le réveil sonne... Et oui c'est que ca met longtemps à se préparer un garçon! Du coup, décision est prise de se lever 1H30 avant le départ pour Seb, René et moi, les 3 black Garmin alignés sur le 70km. (moi qui m'était levée 20mn avant l'an passé....)

Les premiers pas sont lourds, les muscles engourdis de la veille. Mais la motivation est de mise! Je suis tellement contente d'aller faire une grande balade sur les crêtes et d'aller admirer le lever du soleil au sommet du Plomb!

5H : nous voici alignés sous l'arche de départ. Je revois défiler les 2 éditions précédentes dans ma tête. 2 éditions exceptionnelles à bien des égards. La première fois en 2009 lorsque je termine au bout du rouleau parmi les quelques "survivants de l'enfer cantalou" aux termes de plus de 14 heures de course et 84km dans les montagnes... La seconde fois l'an passé, alors que je m'aligne contre toute attente - y compris la mienne - sur le 70km après une décision prise le soir même à l'heure de l'apéro (mon côté imprévisible...)!

Non décidemment, je suis vraiment contente de faire partie de la fête encore cette année, d'autant plus que je retrouve bon nombre de copains dans le peloton dont mon Flo (Racinet), toujours présent et toujours avec la banane!

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Crédit Photo Thierry Marsillac

La musique traditionnelle de l'Oxygen Challenge retentit sur la prairie. Après les dernières interviews, il est temps de se mettre dans la course car une longue journée m'attend. Je le sais, ca va être dur, parfois douloureux, mais tellement grisant!

5-4-3-2-1 c'est parti! Le peloton s'étire rapidement pour attaquer la montée vers le plomb. J'aperçois les copains de la logistique : Julien d'abord puis Olive. Ils sont là eux aussi, dans l'ombre, levés très tôt, couchés très tard pour mais toujours présents pour m'encourager depuis le début des courses. Leur discrète présence me donne du baume au coeur pour boucler la boucle et leur rendre hommage pour le travail acharné qu'ils accomplissent chaque jour pour le confort des coureurs.

Comme d'habitude, je gère à un rythme raisonnable la montée jusqu'au Plomb. Le temps, clément à cette heure matinale, nous offre le spectacle grandiose tant attendu, le lever de soleil sur la vallée. J'ai la banane!! Que du bonheur de se retrouver la-haut !

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5H30 du matin. Le sourire au coin des lèvres au sommet du Plomb du Cantal! Photo Thierry Marsillac

La suite du parcours, je la connais presque par coeur : la voie romaine jusqu'au Buron de la Tuillère. Une longue partie roulante, idéale pour courir avec son sol meuble et ses grandes prairies. J'opte pour une foulée maîtrisée car je sens que mon estomac n'est pas au mieux depuis la dernière spéciale de la veille... Je déroule tranquillement jusqu'à ce qu'un coureur arrive à ma hauteur et me regarde avec de grands yeux... "Quelque chose ne va pas Caroline?" me lance-t-il. Je le regarde, je me regarde aussi du coup...et lui répond "Si si tout va pour le mieux pourquoi??" "Bah je sais pas.... Je devrais pas être au niveau de la première féminine!! J'ai cru que vous aviez un souci du coup! Vous croyez que je suis parti trop vite??" Je lui souris en lui disant que certes, je pars doucement, mais "qui va piano, va sano" et qu'il a encore 60km à faire....

Nous atteignons le premier ravitaillement que je choisis de zapper étant donné que j'ai tout ce qu'il me faut dans mon petit sac. Les km défilent rapidement dans la descente jusqu'à Thiézac. Les concurrents sont tous super gentils avec moi et me posent pas mal de questions sur ce que je fais dans la vie etc... La suite est une grande grimpette jusqu'à Trielle, 2ème ravitaillement que j'atteins sous les applaudissements des bénévoles qui me reconnaissent ! J'ai l'impression d'être un peu de la famille ...  "Ahhhh mais c'est Caroline ! Elle est encore devant ! Toujours en forme, c'est super!". Le temps de remettre un peu d'eau dans le camel, de remercier tout le monde et c'est reparti direction la Vacherie de la Poche, un de mes endroits préférés, avec sa belle vue sur la vallée de Vic sur Cère. Je suis tellement pleine d'ondes positives que rien ne me parait difficile aujourd'hui. Il faut tout de même rester prudente car je le sais avec l'expérience... à l'euphorie peuvent très vite succéder l'abattement et la douleur. La vigilance est de mise, ne jamais relâcher, toujours rester à l'écoute de son organisme. J'atteins la cascade de Faillitoux sans encombre, toujours avec un rythme prudent. Greg et Aurélie sont là pour m'encourager, tout va bien pour moi, j'ai toujours la banane!

Après un passage rafraîchissant à la cascade, il est temps de remonter vers le Corpou Sauvage, lieu magique où gambadent souvent les chamois, à travers les prairies, la forêt puis un chemin en crête assez technique et peu évident (mais que je connais bien). Je croise Benoit Nave qui décide d'abandonner à cause de contractures douloureuses. Pour ma part, je commence à m'inquiéter de mon estomac qui semble prêt à faire des siennes. J'atteins le Corpou avec des crampes d'estomac. Je regrette sincèrement de n'avoir rien pris avec moi aujourd'hui! Ni Smecta ni Maalox ... Il va falloir gérer sans.

La remontée vers le col d'Aisses puis la longue descente vers Saint Cirgue de Jordanne me sont assez pénibles. Je cours la main sur l'estomac, parfois pliée en 2. Pour autant, je n'ai absolument pas envie de me mettre à marcher, et encore moins de m'arrêter, car s'arrêter c'est perdre le rythme... et perdre le rythme... c'est pas bon du tout! Je tente alors de prendre de grandes inspirations et de respirer par le ventre pour me soulager, la technique que je viens d'inventer semble fonctionner plus ou moins bien, je sens que mon estomac se relâche un peu... bonne nouvelle!  Je parviens à faire la descente jusqu'au village de Saint Cirgue sans m'arrêter. C'est à ce ravitaillement que l'an passé, j'avais quitté l'amie Cathy Dubois avec qui je courrais depuis le Corpou, les souvenirs refont surface comme si c'était hier. Cette année, je suis seule depuis le début. Ne sachant pas où se trouve ma poursuivante, je tâche de ne pas perdre trop de temps aux ravitaillements. Un bénévole constate que ma poche à eau est encore pleine... Oui c'est vrai. Je n'ai rien pu boire ni rien manger depuis 10 ou 15km, mais je ne le ressens pas trop au niveau des jambes, c'est bien là le principal!... Nous sommes déjà au 40ème kilomètre.

Le parcours nous conduit ensuite aux gorges de la Jordanne où je ne peux m'empêcher de jeter un oeil aux rubalises pour voir si elles ont bien tenu (nous les avions posés plusieurs jours auparavant avec Vincent et Jonathan). La suite... un long passage en rive droite de la Jordanne jusqu'à sa source avec des montées, des descentes et peu de moments pour dérouler. Je rattrape un coureur en difficulté qui s'accroche alors à moi pendant plusieurs km. Nous échangeons peu car je sais que dans ces moments là... pas besoin de parler, être là est déjà beaucoup. Je sais que ma présence lui sert à rester dans la course, c'est le principal! Nous arrivons ensemble à Saint Julien de Jordanne; Il me remercie de lui avoir servi de "bus", et là, au loin, j'aperçois René (Rovéra) en train de marcher. Je suis totalement dégoutée pour mon coéquipier du team qui s'était aligné pour jouer une performance. Je le rattrape, il me dit qu'il est cuit, le moral est au plus bas. Je lui demande de s'accrocher à moi et de finir les 15 derniers km avec moi, ce qu'il fait jusqu'au dernier ravitaillement du Grand Tournant.

C'est là au Grand Tournant, l'an passé, à 9 km de l'arrivée que j'avais repris Audrey Ehanno alors en tête de la course. Les souvenirs sont bien présents, je me revois faire cette dernière ascension du col de Rombière à toute allure, transcendée par l'idée de gagner la course pour la 2ème fois, contre toute attente et contre tous les pronostics... Cette année, je suis seule en bas de la montée : René est resté en arrière, et le coureur qui s'était accroché à moi m'a abandonné aussi. Tanpis je me fixe l'objectif d'arriver en haut en 20mn (ce que je n'arrive pas à tenir! j'avoue, c'était un peu ambitieux, surtout avec une grosse ampoule qui éclate sur mon orteil en plein milieu de la montée...). Le col ... la descente vers Font de Cère. On annonce mon arrivée à la radio. Dernière grimpette avant de basculer vers la prairie du Lioran et l'arche d'arrivée. Je savoure cet instant où je suis seule, je pense à cette 3ème victoire consécutive sur le 70km, je me dis que j'aime ce pays du Cantal, j'aime cette ambiance, j'aime me dépasser, j'aime ces moments intenses à partager avec mon équipe et avec ceux qui me soutiennent de près ou de loin.

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Derniers moments en solo, émotion et plaisir. Photo Christophe Aubonnet
 

Dernier virage, dernière ligne droite... les copains sont là, que du bonheur, que du plaisir lorsque je franchis la ligne.Me voilà première féminine et 24ème au classement scratch...

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Photo Christophe Aubonnet

Se dépasser, aller au bout de soi, c'est déjà tellement grisant... mais le partager avec ceux qu'on aime - même s'il en manquaient certains sur la ligne - c'est encore 10 fois plus fort !

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Merci à tous ceux que je connais ou que je ne connais pas, qui ont eu des mots gentils à mon égard durant tout le week-end et sur le parcours. Merci aux copains pour leur soutien, merci à Gaëtan pour les massages quotidiens qui m'ont sauvé d'un torticoli d'enfer... Encore un pur moment d'émotion qu'il va falloir maintenant digérer pour retourner au train train quotidien !

P1000586
1ère place au classement des Series aux côtés de l'amie Maud (qui gagne le 45km)

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commentaires

D


Apres avoir visité votre blog et vu à l'oeuvre sur l'oxygen challenge .Je trouve que le Cantal à de la chance d' avoir une ambassadrice aussi performante sur les epreuves et aussi charmante
.Bravo ,pour vos perfs sur l'oxygen challlenge 2011 et en plus vous donnez une tres belle image du trail et du sport en général.



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C


Vraiment flattée de ce commentaire... Au plaisir de vous croiser dans le Cantal - devenu ma région de coeur - ou ailleurs !



E


Ah ben là il y a du récit !


On sent la joie et l'émotion à travers toutes ces lignes !!


(zut j'ai laissé une trace de mon passage... ^^)



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B


quel beau récit Caro, bravo pour cette performance



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L


super CR, magnifiques photos qui montrent bien tes émotions contenues et savourées, Une bien belle représente du TEAM GARMIN, la classe!



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C


Merci mon Lolo, il y a une petite part de toi dans toute cette belle aventure... je n'oublie pas mes origines