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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 11:04

Il est 3h du matin quand le réveil sonne dimanche matin. Dehors le thermomètre affiche -3° et des rafales à plus de 75km/h. Le sol est blanc et gelé... et aujourd'hui, tout va bien car... je vais parcourir 70km à pied (en courant plus précisément) !

Je refais rapidement l'historique dans ma tête pour tenter de comprendre ce qui m'a poussé à m'inscrire aux Templiers 2 semaines plus tôt, juste histoire d'être bien certaine que tout va bien dans mon cerveau... Les souvenirs reviennent : c'est encore une histoire d'apéro chez l'ami Francky (Solforosi) qui m'annonce qu'il s'aligne sur le 70km. "Si tu le fais, pourquoi pas moi?" Qu'est-ce qu'on en dit des bêtises autour d'une bière...

Il est temps de s'équiper chaudement et de rejoindre le départ, Seb, Sylvain et moi, emmitouflés dans le camion, prêts à en découdre avec les éléments...

photo.JPG

Dans le sas de départ, je retrouve plein de têtes connues et pas mal de figures du trail mondial, notamment chez les filles... La lutte risque d'être âpre en tête de course entre des Hawker, Frost, Gobert, Picas, Forsberg et tant d'autres... Je me sens bien petite dans cet univers.

5H15, le départ est donné sous les fumigènes.

temp-depart-a.jpg
Photo extraite du site des Templiers

Je ne sais pas encore ce qui m'attend, mais je suis quand même bien contente d'être de la partie. Ca faisait bien longtemps que je n'avais pas gouté à l'ambiance d'une course longue.

Les premiers kilomètres sont très roulants jusqu'à la première bosse, 500m de positif avalés en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. La suite... une loooongue portion de piste toute plate en forêt dans la nuit. Un vent glacial souffle sur le plateau, mais pour moi, ce n'est pas un problème, j'ai ce qu'il faut pour lutter (il faut bien que mes kilos superflus me servent à quelque-chose de temps en temps) ! Vivement que le jour se lève car, courir la nuit sur le plat,, il n'y a rien de plus monotone, pour restée polie...

Depuis le départ, je suis embêtée par ma ceinture porte bidon et par différentes petits éléments matériels qui me déconcentrent et m'agacent. Résultat, j'arrive au premier ravitaillement, au 22ème kilomètre avec la mine des mauvais jours. Je dois bien l'avouer, je suis de mauvais poil (oui oui ça peut arriver). Pas d'arrêt au stand puisque je n'ai quasiment rien bu ni rien mangé depuis le départ. Mes fidèles assistants JC et Jérémy n'ont même pas le temps de me parler...

Je m'attendais à devoir courir mais là quand même.. pas autant ! Au bout de 3 heures, je commence à me dire que ces 70km vont mettre à très rude épreuve mes muscles et mes articulations qui n'ont plus du tout l'habitude de ce type d'effort. Moi qui, devenue montagnarde, préfère dorénavant les grandes ascensions et les longues descentes... et là, il faut galoper galoper... galoper sans cesse.

Ravitaillement du km 34,5, juste le temps d'attraper au vol une gourde pleine, préparée avec amour par mes 2 assistants de choc, et je poursuis ma route sans m'arrêter puisque les sensations sont encore là. Je me dis "quitte à courir, aurant arriver le plus vite possible". Je sais que je ne m'alimente pas assez. Juste un demi gel avalé depuis le départ, mais je n'arrive pas à me motiver. Je mâche sans grande conviction une barre énergétique, histoire de remettre un peu de carburant dans la machine.

KM 45 : les genoux tirent et les hanches aussi. Le sol gelé est si dur que mes articulations en souffrent. Je me sens ralentir... J'arrive au ravitaillement avec les traits tirés. J'arrête de courir quelques minutes, le temps de dire aux garçons que je suis dans le dur. Seb est là, il a abandonné, tout comme Sylvain (je l'apprendrai un peu plus tard). Je ne cherche pas à savoir pourquoi, histoire de ne pas me déconcentrer.

Je repars sous les encouragements des copains, Jérémy me lance "Ca va revenir Caro!, accroche toi". Je retiens cette phrase et me la repète souvent. Après tout, je suis toujours dans le top 10 derrière 9 nanas qui envoient. On m'aurait dit ça avant de partir, j'aurais signé tout de suite. Je m'accroche par la pensée aux amis, ce qui vont bien, ce qui vont moins bien et auxquels je pense fort, ceux qui aimeraient être là mais ne le peuvent pas. Je pense à tous ces coureurs qui sont derrière moi et qui eux, franchiront la ligne bien plus tard.

Tout ça me pousse à mettre un pied devant l'autre... Parce que dorénavant il n'y a plus que ça qui compte. J'ai arrêté de penser à ma vitesse de progression. Tout ce que je veux maintenant, c'est franchir la ligne et en finir. Chaque section de plat et chaque descente sont un calvaire pour le bas de mon corps, avec, comme pour ajouter un peu de piment, certains singles devenus vraiment glissants, recouverts d'une sorte de glaise visceuse.

KM 64,5, c'est le dernier ravitaillement. J'ai le moral dans les chaussettes même si je sais qu'il ne reste plus que 8km à parcourir et seulement une bosse. Mais je suis allée au bout du bout et je perds ici ma 10ème place... J'ère comme une âme en peine devant le ravitaillement, cherchant quelque-chose pour me remonter un peu le moral. Rien... juste 2 tucs salés. Je croise le regard des garçons qui voient en moi la difficulté et la lassitude. Nul besoin de parler.

Je repars en marchant, tête baissée, puisque je ne peux pas faire mieux. J'ai beau connaître la fin du parcours, la dernière bosse me parait interminable. Même les vautours planent au dessus de ma tête, ca sent la fin ! Hop, encore une place perdue avant de basculer dans la descente. En me doublant, Christiane Grosjean m'encourage gentiment et me dit que c'est bientôt la fin. Je le sais, mais rien n'y fait. A ce niveau de la course, ce n'est plus une question de mental mais de physique... Mes muscles, mes ligaments et mes os n'en peuvent plus. 2km de l'arrivée, hop ! dépassement par la droite de Christiane Lacombe... ou "comment plonger dans le classement à la vitesse de l'éclair"... Il est vraiment temps que j'arrive !

Quelques virages, j'aperçois au loin Guillaume Lenormand qui m'encourage et me félicite. Ca faisait longtemps que je n'avais pas souri a quelqu'un dis donc... Il reste 500m, je ressens le soulagement de quelqu'un qui va bientôt en terminer avec la souffrance.

Encore quelques foulées et je franchis la ligne après 70,6km, 3691m D+, 8H53 de course, en 13ème position chez les femmes, 176ème position au scratch (sur 2006 arrivants et 2500 inscrits au départ). Le tout sous les applaudissements des copains Jérémy, JC, Tony, Francky, tout juste arrivé 25mn avant moi, Guigui...

Finalement, au delà du résultat sportif (qui me laisse une petite pointe d'amertume tout de même), je retiens le fait d'être allée au bout de mon objectif, celui de refaire un trail long. Pour le reste, évidemment il me manque beaucoup de préparation spécifique et notamment de la course à pied mais... je suis trop bien dans mes montagnes avec mon sac à dos et mon appareil photo pour changer quoi que ce soit... Et puis, de toutes façons, il y aura toujours meilleur que soi alors autant ne pas trop se prendre la tête!

Mille mercis à mes assistants, amis, team, bravo aux bénévoles qui ont bravé le grand froid pour nous encourager la nuit et le jour. Et je n'ai pas dit mon dernier mot, reste à se fixer de nouveau objectifs et surtout vivre de nouvelles aventures !

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commentaires

R

Bravo. Vous faites un très bon résultat sans préparation spécifique !!! Nous n'avons jamais fait cette course. Nous la ferons un jour, c'est sûr. 
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S

et le trail de l'Ile d'Yeu en juin ?...les rameurs aimeraient sûrement...


sincèrement bravo pour celui-ci et les gros efforts fournis pour franchir la ligne d'arrivée en bonne position
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D

176e au scratch !!! Bravo Caro, belle performance ! Je pense que beaucoup de coureurs signeraient pour ce résultat ! Moi le premier.


Félicitations aux rameurs et plus spécialement JC, la reconversion s'annonce bien ! A quand un trail en Ardèche ? L'Ardèchois en 2013 peut être ?


Au fait la bière était bonne ?....


Bonne récupération à tous les deux.
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J

Finir les templiers à cette place et dans de telle conditions météo, tu n'a pas à rougir, c'est la grande classe.


Bravo Caro !!!
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F

Félicitations Caro !! Je te lis toujours avec autant de plaisir, et tu as de quoi être fière devant ce challenge que tu as relevé avec brillo !
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