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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 13:35

Chers lecteurs,

Il est grand temps pour moi de revenir sur cet épisode dantesque de la CCC 2010. Dantesque par la distance à parcourir (98km), dantesque par le dénivelé à avaler pour atteindre la ligne d'arrivée (5600m +)... Et cette année, surtout dantesque du fait de conditions météo invraisemblables où pluie, fort vent, coulées de boue, grêle et froid sont venus s'inviter à la fête, transformant la Grand messe du trail en un grand bazard et une source de frustration et de tristesse pour nombre de coureurs.

Mais de mon côté, le côté dantesque était ailleurs... Une longue et âpre lutte intérieure pour rester dans la course et aller au bout malgré tout. Lutte que j'ai fini par abandonner à 15 petits kilomètres de l'arrivée.

Résumé d'une longue journée:

CCC2010JA121-copie-2.jpg
La fine équipe - photo Jorges Alves

Courmayeur. Il est 10H du matin lorsque le speaker libère les quelques 1800 coureurs inscrits à la CCC, trépignant d'impatience, derrière la ligne de départ. Je suis en première ligne à côté de mes amis Maud (Giraud), Flo (Racinet) et Franck (Bussière). Super bien placée pour engranger les ondes positives des meilleurs athlètes et pour m'imprégner de l'atmosphère électrique du départ. Je suis stressée par l'aventure mais sincèrement heureuse d'être là. D'autant plus que je me sens physiquement préparée à l'aventure et, luxe suprême... le temps est frais et maussade. Une aubaine pour moi qui ne supporte pas la chaleur ! Cette édition 2010 est faite pour moi.

CCC2010JA120.jpg
Derniers échanges avec Maud Combarieu (5ème fille CCC)

Je m'élance à un rythme vraiment cool, histoire de profiter à fond de l'ambiance dans les rues de Courmayeur, d'attaquer la première ascension dans de bonnes conditions et de préparer mon organisme à encaisser 18 à 20 heures d'effort. Je garde à l'esprit les consignes que je me suis fixée : "la course ne débute qu'à Champex (km55), d'ici là il faut se préserver".

Premières foulées et déjà, premiers coups de tonnerre au dessus de nos têtes. Après 1H30 de course, j'atteins le refuge de Bertone, d'où j'aperçois Fred Bousseau (Endurance Mag) qui m'annonce 5è ou 6ème fille et me prévient qu'il fait froid là-haut. Je sais que la tête de course est déjà loin mais je connais la musique .... "tout peut arriver aussi bien aux autres qu'à toi alors fais ton truc, reste calme et advienne que pourra".

Oui.... Tout peut arriver... La suite me le confirme rapidement. J'atteins le sommet de la Tête de la Tronche où le vent froid sévit. J'enfile ma veste coupe-vent avant d'entamer la descente : une descente relativement abrupte sur les premiers mètres. C'est là, dans cette descente, qu'une vive douleur me fusille les 2 genoux. Je connais cette douleur, elle me poursuit depuis plus de 2 semaines au niveau des rotules : les séquelles d'un séjour intensif à Val d'Isère où j'ai enchaîné les sorties en montagne en mettant de côté les rappels à l'ordre de mes articulations . J'ai bien essayé de l'oublier cette douleur, de la masquer à coup de pommade anti-inflammatoire mais non.... Elle est là, elle ne veut pas se faire oublier...

N'ayant pas trop d'autre option, je ralentis l'allure dans la descente et me met à établir un schéma de course "positif" dans ma tête : "Cette douleur va m'obliger à calmer le jeu dans la descente, et donc! je vais pouvoir envoyer un peu plus dans les montées et puis en plus, je tiendrai mieux la distance."

Débute alors une nouvelle expérience pour moi, qui suis habituellement plutôt à l'aise dans les descentes. Le jeu du "Tu me doubles dans les descentes, je te redouble dans les montées". J'atteins Arnuva en ayant conservé ma position de 6ème féminine et 126ème au général. Un petit coucou à la famille, le temps d'apprendre que la fusée Maud est à 22mn devant moi (pfiou elle est vraiment trop forte) et j'entame l'ascension de la 2ème difficulté : le Grand Col Ferret : 750m + que je sens passer dans les jambes et dans le coeur. Mais apparement je ne semble pas être la seule! Autour de moi, tout le monde a la tête dans les chaussures, et le souffle court.

Un coup d'oeil à ma petite fiche plastifiée "maison" m'indique que la descente s'annonce longue et régulière jusqu'à Praz de Fort. Effectivement, ça se confirme! J'ai l'impression de perdre un temps fou à marcher comme une grand-mère, notamment sur les parties bitûmées. J'atteins le ravitaillement de la Fouly au km 41, où je m'empresse de recharger en eau et en barres. Je suis d'ailleurs tellement pressée que j'en oublie mes bâtons pour la 2ème fois ! (la précédente étant au 1er arrêt pipi). Dommage pour moi, je fais quelques centaines de mètres avant de m'en aperçevoir et suis obligée de rebrousser chemin jusqu'au ravito - en montée bien sûr - !

Champex : 55ème kilomètre, il est déjà 17h30 quand j'arrive. Je me suis un peu ennuyée dans la montée à force d'être toute seule, j'en ai donc profité pour épier les champignons dans les sous-bois. (Pas vu de bolets... mais quelques girolles). Je prend le temps de changer de chaussettes et surtout de chaussures. L'amorti et la légéreté des Hoka vont me permettre de soulager un peu mes articulations en souffrance. Un bol de soupe, derniers encouragements de mon assistant de choc JC et de ma famille et me voilà remontée à bloc pour poursuivre ma route. Le moral est plutôt bon puisque je constate que j'ai quasiment 2H d'avance sur les temps que je m'étais fixé! Si je continue sur ces bases, je peux boucler la CCC en 16H ! Je suis d'ailleurs 113ème au classement scratch à cet instant.

Un coup d'oeil sur ma fiche : Bovine approche. "Bovine": ce nom résonne en moi comme LE lieu cauchemardesque de tout traileur qui se respecte. J'ai toujours entendu parler de cette ascension comme la plus difficile du parcours. Je me remémore les propos de mon pote Elie : "Celle là... faut que tu la fasses de jour Caro, sinon c'est vraiment la m..."

Effectivement, je confirme! Une belle grimpette comme on les aime ! Bien longue, bien pentue, des racines glissantes, des rochers qu'il faut escalader avec les mains et aujourd'hui, de la boue et de l'eau à foison le tout sous une pluie battante...Pourtant, je le vis plutôt bien. Je partage ce moment intense en émotions avec un autre coureur que j'abandonne avec regrets au sommet. Là haut, le vent violent et la pluie glacée me gèle les os. Je décide d'enfiler mon manche longue mais il est trempé et congelé lui aussi, tout comme mes gants et mon buff d'ailleurs... grand moment de bien être! Les Hoka me permettent de faire la descente jusqu'à Trient en petite foulée (et en grosses glissades dans la boue). La nuit tombe déjà sur la CCC, il est 20H11 quand j'atteins le ravito de Trient. Une impression étrange m'envahit en arrivant : c'est un peu comme passer de l'enfer sombre, froid et solitaire à la chaleur réconfortante d'un abri où tout le monde vous applaudit, où des visages connus vous réconforte. C'est presque irréel et ça en devient d'autant plus dur de repartir dans l'enfer de la nuit froide et ventée.

Le temps d'enfiler un t-shirt à manche longue sec, un coupe-vent plus costaud, ma frontale et je repars pour Catogne, 700m+. Je prend un coup de massue dans la montée... Je me sens seule, obligée de m'arrêter 3 fois pour reprendre mon souffle mais il fait trop froid pour se reposer trop longtemps. Au sommet, je n'arrive plus à mettre un pied devant l'autre tellement mes genoux me font mal. Chaque glissade dans la boue est un supplice pour eux. Pourtant il faut que j'avance pour ne pas geler sur place car au sommet, la tempête fait rage et la pluie s'abat sur nous comme jamais. Je lâche mes premiers sanglots, trop plein de souffrance...  la tête n'y est plus. Je sais que pour moi, la course est finie. Jamais je ne pourrai remonter à la Tête au Vent et surtout en redescendre. Je ne peux plus courir. Il me reste 5km de descente avant de pouvoir arrêter tout ça. 5km qui me paraissent une éternité. 70ème au classement général et 6è féminine au sommet de Catogne, je perd alors 30 places dans cette descente interminable.

Il est 22H51 quand j'arrive à Vallorcine. Je ne peux m'empêcher de pleurer de dépit, d'amertume et de douleur. Le médecin ne fait que confirmer ce que je pensais : "hors de question de continuer mademoiselle, vous avez 2 épanchement rotuliens, vos genoux sont trop enflés et craquent de partout". Il reste 15 malheureux petits kilomètres, mais ce sont 15 km de trop.

L'aventure s'arrête donc là, à 23H et après 83km de course.

Que dire, que faire? Pas grand chose si ce n'est remercier toutes celles et ceux qui sont venus m'encourager (Fab, Marion, Léna, ma famille et tous les autres), tous ceux qui ont cru en moi, qui m'ont suivi de près ou de loin en m'envoyant des petits messages d'amitié et d'encouragement. J'ai pensé à vous à chaque instant.

J'abandonne une nouvelle fois sur ce tour du Mont Blanc avec un gout amer et un sentiment d'inachevé. Mais je ne peux malheureusement pas retourner en arrière, tanpis pour moi. Reste maintenant à digérer, à laisser reposer mes genoux et à réfléchir à la suite.

J'adresse toute mon admiration aux finishers d'une course aux conditions vraiment difficiles, aux bénévoles sur le terrain qui ont subit les intempéries, à ceux qui ont fait Bovine de nuit ! Un bravo particulier aux potes Maud, Flo et Franck pour leurs résultats.

Je souhaite bon courage aux organisateurs qui, je le sais, doivent gérer les mécontents suite à l'annulation de l'UTMB, de la TDS et à l'arrêt de la CCC à 4 heures du matin. Pour avoir vécu la tempête de nuit à 2500m d'altitude et les réels dangers que nous courrions (hypothermie, passages dangereux, glissements de terrain), je sais que vous avez pris la bonne décision.

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Published by Carotte pour tous - dans Mes compte-rendus d'aventures
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commentaires

Laurent Fabry 15/09/2010 21:42



le récit d'un bout de course pas un coureur photographe sans dossard :
http://www.runinsavoie.com/2010/08/30/utmb-2010-ccc-from-inside/


 


 



Laurent Fabry 15/09/2010 21:40



Salut Caro,


Bravo pour ta course malgré tout, et surtout merci de nous la faire partager, même si ce fut difficile. Florian m'avait dit que tu ferais une place, cette fois ce n'était pas pour toi, mais ce
n'est que partie remise je suppose...


Ayant suivi un bout de course avec vous (Arnuva - Trien), je suis très impressionné par ce que j'ai vu, et personnellement je ne suis pas prêt à attaquer ce genre d'épreuve, mais j'espère au
moins que vous avez apprécié mes photos ! (tu me fais coucou un peu avant l'arrivée à la fouly) :http://www.runinsavoie.com/2010/08/30/utmb-2010-ccc-from-inside/


Bien à toi.



Carotte pour tous 15/09/2010 22:02



Salut Laurent,


Je te remercie pour ce mail et pour le lien. La photo est excellente, je la garde précieusement! Celles de flo le sont aussi (celle du départ par exemple), je lui transfère le lien. J'espère
avoir l'occasion de te croiser sur une prochaine course.


Bye


Caro



faf 10/09/2010 22:11



Dommage...ce qui tue pas rends plus fort...en tous cas mes respects.



Nelly 04/09/2010 21:29



Super ce récit, on s'y croirait (presque).


J'étais sur le parcours, mais en tant qu'accompagnatrice.


Et en fait je me souviens t'avoir vu à la Fouly, lorsque tu as oublié tes batons, tu es passé 2 fois devant moi, et je t'ai indiqué 2 fois le chemin à prendre (à droite).


J'imagine ta déception, mais je te dis BRAVO tout de même pour avoir parcouru ces 83 kms dans ce chaos. En attendant mon copain aux points de ravito, je me disait, mais ce n'est pas
possible, ils vont arrêter la course, c'est le déluge !!


J'aurais abandonner 10 fois moi !! Bravo encore, et j'espère que tu reviendras pour la finir !!



JOEL 04/09/2010 18:40



Super bien raconté Caro.Concernant la météo ce fut un enfer ,je confirme.Cependant je vous admire tous,de courir dans ces conditions.C'est effectivement dommage pour toi car tu étais tres bien
sans ces malheureux genoux.Nous te remercions pour cette aventure que nous avons suivie de très prés.Il y a un article sur le nouvel Observateur de cette semaine.


 



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