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1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 17:53

Toujours par monts et par vaux, traversant les continents au rythme infernal des Coupes du Monde, Coupes d'Europe, et autres compétitions mondiales, Cédric Fleureton n'est pas vraiment du genre à se poser 5'...

Beau défi pour moi donc, que de parvenir à le retenir le temps d'une après-midi pour lui poser les questions qui me turlupinent! C'est donc avec gentillesse et sincérité que ma victime du jour, interviewé dans Stade 2 dimanche dernier à propos de l'AFT, a accepté de me répondre entre deux de ses trois entraînements quotidiens, rien que ça...

Voici donc le portrait d'un garçon passionné, et atypique..

Portrait express:

Né le 7 novembre 1973 à Lyon 

Situation : Marié avec Séverine, 2 enfants Yanis et Thibo 

Employé à la SNCF 

Mensurations: 170 cm, 58kg

Blog: http://cedric-fleureton.onlinetri.com/

Club : EC Sartrouville pour le triathlon, Lyon Natation pour la natation, AS Rispoli pour l'athlétisme

Membre actif  et cofondateur de l'AFT (Athletes for Transparency), programme de recherche sur la lutte contre le dopage.

www.athletesfortransparency.com


Palmarès international (et encore, ce n'est qu'un extrait !):

2006

Vice champion d'Europe
2ème du France Iron Tour
Vainqueur XTerra France
5ème World Cup Cancun

2005   

7ème championnats du Monde
Vice champion d'Europe
Vice champion de France
4ème ITU World Cup de Pekin


2004   

Vainqueur ITU World Cup Cancun
Vainqueur du France Iron Tour

Cédric, peux-tu nous raconter comment tu es venu au triathlon ?

Ouah la question qui déchire tout ! Alors... Comment je suis venu au triathlon? Je peux déjà te dire que j'y suis venu relativement tard, aux environs des 20, 21 ans. A l'époque, j'étais à la fac de Biologie à Lyon (la Doua).C'est alors que je me suis lié d'amitié avec un gars qui faisait du triathlon. Il qui m'a fait découvrir cette activité que je ne connaissais pas du tout. J'ai fait mes premières armes en « loisir », pendant pas mal d'années d'ailleurs.

Puis, crescendo, les résultats sont arrivés. Je me suis mis à gagner quelques courses, et, au fur et à mesure, je me suis aperçu que j'avais un réel potentiel pour cette discipline.

Si je comprends bien, tu as mis un moment avant d'envisager de faire de la compétition et du haut niveau?

C'est clair ! Moi, vraiment au début, j'ai fait du triathlon comme ça, par hasard, juste pour essayer. Pour tout dire, avant ça, j'avais touché à pas mal de sports. J'ai fait plein de trucs différents sans vraiment m'y investir pleinement. Du coup, quand j'ai commencé le triathlon c'était pareil. J'avais envie de découvrir autre chose, en aucun cas je n'avais pas la prétention de dire qu'un jour, j'irai en Equipe de France ou quelque chose comme ça...

Du coup, comment t'es venue l'idée de t'inscrire à ta première compétition ?

Ma première compétition ? C'était une compétition universitaire. Ce sont mes potes qui m'ont poussé à venir avec eux. Sans ça, je n'aurais jamais eu l'idée ! Du coup, j'y suis allé, et j'ai terminé dans les 5 ou 6 premiers. Mon résultat me permettait de participer aux Championnats de France Universitaires, mais je n'y suis même pas allé !

Ensuite, je suis monté en puissance, aussi bien dans les résultats que dans l'investissement.  Si tu veux, au début je m'entraînais 3 fois par semaine. L'année suivante, j'étais plutôt à 6 fois, et aujourd'hui et bien, je m'entraîne 3 fois par jour!


Si tu devais résumer ce qui te plait dans ton sport ?

Hummm, grande question à laquelle je répondrai TOUT ! Souvent, les gens vont dissocier Vélo, Natation, Course à pied et te dire qu'ils préfèrent plutôt tel ou tel truc. Moi, je prends vraiment le triathlon dans sa globalité car c'est une discipline à part entière. Non vraiment, j'aime tout, en particulier les transitions : quand tu passes de la natation au vélo, du vélo à la course à pied...

OK, tu aimes tout, mais est-ce qu'il y a une discipline dans laquelle tu as certaines lacunes ou d'autres que tu maîtrises mieux ?

Disons que je me suis mis à nager relativement tard. J'ai dû beaucoup bosser pour rattraper le temps perdu et aujourd'hui encore, je suis obligé de nager un maximum pour rester au top. Mais, comme j'aime l'eau, je ne considère pas la natation comme une contrainte !


A priori tu es vraiment tombé sur LE sport qui te convient !

Exactement! Comme je le dis souvent, de mon point de vue le triathlon est une mine d'or pour celui qui aime s'entraîner et qui cherche à se connaître vraiment. C'est mon cas ! Finalement, à bien y réfléchir, ce que j'aime le plus dans ce sport, c'est l'entraînement avant la compétition.

Quand tu enchaînes 3 disciplines comme ça, ça te permets de vraiment bien te connaître aussi bien physiologiquement que mentalement sur le bout des doigts, c'est ça que je trouve vraiment sympa ! Et puis quand tu es en accord avec toi-même, avec tes propres sensations, c'est extra. (C'est beau ce que je viens de dire non ?)

Magnifique Cédric!

3 entraînements par jour... Peux-tu nous en dire un peu plus ? Tu pratiques les 3 disciplines à chaque fois ?

Te dire que je vais faire « Vélo, natation, course à pied » tous les jours, non... pas tout le temps. Par contre, j'essaie systématiquement de nager 6 jours par semaine (tous les jours sauf le dimanche, Jour du Bon Dieu oblige!).

Tu vois par exemple aujourd'hui, je suis allé rouler ce matin pendant 1h30, ce midi j'ai nagé 1h et ce soir je vais courir 1h. Bon, aujourd'hui c'est ça, mais demain ça peut être courir / nager /  recourir. En gros, je fais 3h30 de sport par jour quoi!.


C'est assez énorme !

Oui, c'est vrai mais bon, Je vois bien comment ça se passe chez les rameurs par exemple. (Car Cédric a AUSSI fait de l'aviron dans son jeune temps ! quel touche à tout ce garçon !). Le rameur, il s'entraîne 2 fois par jour, mais il va aller plus dans le dur. Un triathlète, lui, il va passer 2h sur son vélo, mais il va plus gérer son effort. On fait plus d'heures d'entraînement, mais avec une intensité moins élevée.

Avec tout ça, est-ce que tu es soumis aux blessures régulièrement ?

Oui c'est clair que les triathlètes sont sujets aux multiples blessures, notamment en course a pied car c'est assez traumatisant. De mon côté, je dois bien l'avouer, ça fait environ 2 ans que je suis régulièrement blessé, tous les 6 mois, ça revient en boucle. (NB : au moment de l'interview Cédric était blessé à la cheville, une douleur inexpliquée qui l'a contraint a arrêté l'entraînement quelques temps). Je dirais que c'est un peu le lot de tout sportif de haut niveau. On est toujours sur la brèche, sur le fil du rasoir. On est forcément fragile entre les risques liés au surentraînement, ceux dus aux chutes!.

Et les blessures typiques du triathlète, c'est quoi ?

Ce sont surtout des tendinites, des inflammations. Des blessures dues à l'usure de l'organisme.

Tu te dis autodidacte, tu n'as jamais eu d'entraîneur attitré ?

Non jamais, mis à part il y a quelques années : quelqu'un me suivait en course à pied sur les séances qualités, mais aujourd'hui je m'auto-gère. On peut dire que je me suis construit tout seul de A à Z.

C'est volontaire de ta part ?

Non non, le fait est que j'ai commencé le triathlon assez tard, et le haut niveau encore plus... Du coup, je n'ai pas vraiment suivi le « cursus classique » de sélection où on repère les jeunes espoirs, on les prend en charge, etc...

J'ai toujours été un électron libre de la fédération et je le suis resté. Alors à 25/26 ans, quand tu te construis seul, tu n'as plus besoin de personne. Je ne suis pas contre un suivi occasionnel. La preuve c'est qu'avec des potes, de temps en temps, on essaie de se filmer sous l'eau, sur la berge... J'aime bien ça, c'est tout ce qu'il me faut.

Et tu ne penses pas qu'un entraîneur pourrait t'apporter un regard critique, un point de vue extérieur intéressant ?

Je n'éprouve vraiment pas le besoin d'avoir quelqu'un derrière moi pour me booster, me botter les fesses pour aller m'entraîner. J'ai pas mal de connaissances en matière d'entraînement, je lis, j'observe beaucoup les autres... Bref je me tiens très informé de ce qui se fait dans le domaine de la préparation.

Je dirais que le plus dur dans le triathlon, c'est de maîtriser la charge d'entraînement. Pour ça, il faut vraiment avoir de la maturité et une très bonne connaissance de soi, de ses propres ressentis. Il faut savoir placer la bonne séance au bon moment, et ça... rien de mieux que l'athlète pour le percevoir. Pour moi, c'est la clef de la réussite dans ce sport.

Après pour certains détails techniques, je ne suis pas contre le fait de faire appel à un cadre technique. Ca a été le cas par exemple, lors du dernier stage en altitude à Font Romeu où on a analysé mon geste en natation pendant une semaine.

Par contre, avoir un entraîneur pour faire de la planification, pour te « dicter des recettes », ça ne m'intéresse pas du tout.


A ce propos, tu as un avis critique sur l'aviron où tout est planifié au niveau national et où les athlètes suivent un programme pré-établi (une recette) ?

 
Je pense que c'est totalement différent. A l'aviron, tu es en équipe. En ramant à plusieurs, tu es forcément obligé d'être plus ou moins dans le même moule.

Dans le triathlon, au contraire, si tu commences à faire ce que font les autres, là tu vas droit dans le mur ! C'est LE sport individuel par excellence. On n'a pas tous les mêmes caractéristiques physiologiques.

Regardes, même en aviron, quand tu as 4 gars qui ont le même gabarit, globalement les mêmes caractéristiques physiques, qui font le même entraînement, c'est déjà difficile d'obtenir des pics de forme au même moment. Alors imagines au triathlon ! Tu as 3 disciplines, des entraînements hyper variés etc.. tu mélanges tout ça... tu vois la complexité de l'entraînement. C'est là qu'il faut être judicieux, avoir une préparation optimale... Moi je suis à fond pour l'expérimentation, je teste, j'essaie plein de combinaisons, j'adore ça !

Et les autres triathlètes?

Il y en a qui ont des entraîneurs, Fred (Belaubre) par exemple. Pour ma part, je pense que quand tu commences à être autonome, à sentir avec précision quelles charges d'entraînement te conviennent, là tu deviens bon. Moi je fonctionne beaucoup au feeling. Ca peut paraître étonnant pour un athlète de haut niveau comme moi, mais par exemple, je ne tiens pas de cahier d'entraînement. Si tu me demandes ce que je fais dans 2 jours ou demain.... Ben je ne sais pas encore... J'adapte vraiment au moment des entraînements en fonction de avec qui je suis, comment je me sens.

Parmi tous les résultats que tu as obtenus, quel est ton meilleur souvenir ?

En premier lieu, je dirais ma 2è place à Autun, aux championnats d'Europe, l'an dernier. Monter sur la 2è marche du podium en France, c'était vraiment classe ! Il y a aussi Athènes en 2003, c'était le « Test Event » avant les JO et j'avais terminé 2è au sprint (Cf photo). Et puis, je dirais également ma victoire en Coupe du Monde à Cancun en 2004.


Aujourd'hui quel est ton objectif ?

Les JO de Pékin en 2008.  Pour l'instant, on est 9 garçons en préparation olympique, seuls 3 français auront la chance d'y participer, alors j'aimerais bien faire partie du tiercé gagnant! Il va progressivement y avoir un « écrémage » des prétendants, jusqu'aux 3 courses de sélection qui auront lieu en 2008 où là, on ne devrait être que 4 ou 5.

L'ambiance est bonne entre vous malgré cette échéance ?

Oui, il y a un bon esprit. On ne se voit pas souvent, mais comme on fait un sport assez confidentiel, on se connaît tous très bien. Certes, nous sommes concurrents, mais chacun fait avec ses possibilités et l'adversité dans le sport n'empêche pas l'amitié en dehors. C'est sûr qu'on ne va pas faire de cadeaux pour représenter la France aux prochains JO !


Parles nous un peu des courses : comment tu gères les moments qui précèdent le départ ?

Tout mon esprit est dans la course. Est-ce que j'ai bien mis mes baskets, comment je vais me placer sur le ponton, comment je vais gérer les transitions ?

Les transitions... Parlons en, car c'est quelque chose que je découvre dans les raids ! Quelles sont les choses que tu travailles?

Il faut faire le plus vite possible, donc d'abord tu étudies avec précision où se trouve ton vélo au milieu des centaines d'autres. Il faut aussi anticiper l'endroit d'où tu vas arriver au parc à vélo, donc tu essaies d'étudier la meilleure place possible pour ton casque, tes chaussures afin de les enfiler le plus vite possible (à droite, à gauche, devant...). Tu regardes également quelle direction tu vas prendre pour sortir le plus vite possible, tu reconnais le parcours avant. (Les bouées, le parcours vélo, là où tu as le droit de monter, de descendre, etc.). Tout ça mis bout à bout, va te faire gagner de précieuses secondes.


Avec du recul, qu'est-ce que tu penses avoir développé grâce au triathlon ?

J'aime relever des challenges, donc même si je ne faisais pas du triathlon, j'aurais ça en moi.

Mais avec le triathlon, je me suis pris pas mal de gadins, il faut savoir se relever, aller de l'avant malgré les déceptions (comme les JO d'Athènes par exemple). Au début, ça te touche beaucoup, et puis après tu anticipes, tu relativises et tu deviens plus dur au mal « psychologique ».


Une question qui me tient à coeur : quel est ton point de vue sur l'activité « raid » ?

J'adore, je trouve ça génial ! Faire un sport en équipe, sur plusieurs jours, ça doit être l'éclate ! Après le triathlon, ce serait bien le genre de chose que j'aimerais faire! En plus j'adore tout ce qui est « outroad » et rustique : VTT, trail, ne pas dormir pendant 2 jours, etc... ça me dirait vraiment! J'ai fait un peu de course d'orientation à l'armée, ça me plaisait bien. Bon... j'ai un peu le vertige, je suis relativement trouillard, mais en course, je pense que tout peut passer pour peu que tu aies le goût du challenge!

Ah? Biiiien ! Quand tu arrêtes le triathlon, tu es prié de me le faire savoir que je t'embauche dans mon équipe !

Et l'aviron ?

Il y a un truc qui me saoulait quand j'ai ramé dans ma jeunesse : c'est que mes coéquipiers de l'époque n'étaient pas du tout sur la même longueur d'onde, ils n'étaient pas là dans l'optique de « faire un bon entraînement, transpirer, etc. » mais plutôt ... glander. Moi ça ne me convenait pas.

Et maintenant quand je vois des gars comme le 4 sans barreur poids légers qui font tout ensemble, qui s'entendent trop bien et qui ont atteint le top niveau mondial...ça me donne envie ! Un effort commun, c'est sensationnel! Ce côté camaraderie, le fait d'être tous fixés sur le même objectif, ça crée des liens uniques. Partager une victoire à 4 c'est encore plus fort que tout seul.

Une chose que j'ai constatée, c'est qu'entre triathlètes et rameurs, il y a vraiment un respect mutuel. Il y a un joli parallèle à faire entre nous car c'est un peu la même famille de sports. Des sports confidentiels, durs, des gens qui ont le goût de l'effort.


Mon cher Cédric, on ne se lasserait pas de t'écouter! Pourtant nous voilà déjà à l'issue de notre interview. Avant de te rendre la liberté, voici les quelques dernières questions habituelles :

Est-ce qu'il y a des gens que tu admires particulièrement ?

Ce serait un mélange entre Noah, Diagana et Candeloro, Teriitehau,.

Un petit plat préféré ?

J'ai envie de te dire des pâtes ! Des bonnes pâtes all dente à l'huile d'olive avec de la levure de bière et un bon comté dessus. (Ouahhhh comme moi dis donc !)

En plus, j'ai une machine pour faire des pâtes!

Y'a plus fun comme plat mais bon, c'est vrai que c'est pas mal un bon plat de pâtes avec de la levure...

Ton moment préféré de la journée ?

Le soir, quand les petits sont couchés, et que je me mets sous la couette !

Le dicton du jour par MONSIEUR Fleureton :

"No pain no gain"

"Train hard and win easy !"

Avec tout ça, les gens vont vraiment de prendre pour un singlé fondu d'entraînement ! Mais on t'aime comme ça...

Merci pour tout Cédric, je te souhaite toutes les réussites possibles pour la suite du programme et sois sûr que je te suivrai avec intérêt (à travers ton blog notamment), car après les Jeux n'oublies pas que je t'embauche pour faire des raids !


 

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commentaires

J
Bravo Caro,tres bon interwiew ,également de belles photos.
Mais ton SPORTIF il est FORMIDABLE......!!
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M
Bravo caro pour cette belle interview,
Vraiment cool ce cedric, en espérant pouvoir refaire une petite semaine olympique...et envoyer du gros sur les pistes comme au sporting!
A plus et continuez comme ça tout les deux (cedric pour son sport de fou furieux et caro dans ta nouvelle passion raid/blog)
biz
mat
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P
AU SECOURS !!! Nous sommes cernés par les fous !!!!
Une petite question me taraude cependant : comment Cédric trouve-t-il le temps de travailler ? A-t-il un arrangement spécifique au même titre que nos rameurs grâce à la convention entre la FFSA et EDF ?
Et donc un bonjour à Cédric, s'il se souvient de moi !
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D
incroyable!! ça me donne envie d'aller courir ^^

Bravo pour tout ces beaux résultats!
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