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9 février 2007 5 09 /02 /février /2007 07:53

Faisant suite à mon grand jeu concours, voici comme promis,  le témoignage de Jean-Christophe BETTE, qui nous fait partager ici son expérience et quelques anecdotes de la vie d'un rameur de haut niveau. En espérant susciter une vocation chez certains de mes lecteurs... on ne sait jamais?

 

Jean-Christophe BETTE

29 ans

1,86m pour 72 kg

Marié (avec moi....)

 

Club: Société Nautique de Compiègne

Situation professionnelle: technicien EDF

 

 

 

PALMARES INTERNATIONAL:

 

 

 

- Champion Olympique: Sydney-2000

- 3 fois Champion du monde: Gifu-2005, Lucerne-2001, Cologne-1998

- Vice Champion du Monde: Eton-2006

- Médaillé de bronze aux Championnats du Monde: Lucerne-2001

- Vainqueur de la Coupe du Monde en 2000

- Vainqueur des Jeux Méditérrannéens en 2005

 

 

Chevalier de la légion d'honneur

 

 

 

 

 

 

Une première question pour nous mettre en jambes: comment t'es venue l'idée de faire de l’aviron ?

A vrai dire… tout a fait par hasard ! En arrivant sur Compiègne, lorsque j’avais 10/11 ans, je ne savais pas quel sport pratiquer. En fait, c’est ma mère qui m’a parlé de l’aviron. Je ne connaissais pas et l’idée m’a tentée. Au collège, j’avais des copains qui étaient déjà inscrits au club de Compiègne, donc je me suis dit, « pourquoi pas moi » ?

 Et tu as commencé directement par la compétition ?

Ma première licence date de 1989, je devais avoir 11 ans, j’étais minime. J’ai fait les championnats de France pour la première fois en 1991, en Quatre Barré, à Mâcon.

 

 Ton résultat ?

On a dû faire 13è, pas sûr…

 Si tu devais résumer en 2 mots ce qui te plait dans ce sport :

Je ne peux pas répondre comme ça ! En gros, c’est tout ce que tu dois faire pour arriver à te faire plaisir. C’est un sport tellement exigeant pour arriver avoir des sensations, comment dire ? …ça se mérite… Ce qui me plait c’est la recherche permanente du moment où tu peux atteindre ce plaisir et des entraînements que tu dois encaisser pour ça.

 Tu es un peu maso quoi…

Ben… on l’est tous non ? Quand on fait de la compétition, on a un peu ça dans le sang je crois…La deuxième chose qui me plait, c’est qu’un résultat en attire un autre

C’est comme une drogue si je comprends bien… (Réflexion personnelle à ce moment de l’interview : Mon mari est maso et drogué ! Aïe…)

Quand tu arrives à un certain niveau, dès que tu te fais battre ou accrocher, ça te rend malade. C’est ça qui me fait continuer, être devant fait partie de mes motivations… Tu vois par exemple : je viens d’apprendre que 2 rameurs du mythique bateau danois (Champions olympiques en1996 et 2004) viennent de reprendre les rames. Ca c’est le genre de chose qui me donne la hargne!

 Et en 2 mots, ce qui ne te plait pas ? (et ne réponds pas « ta femme » s’il te plait !)

Ce qui ne me plait pas… Ce n’est pas forcément lié directement à l’aviron. C’est plutôt propre au haut niveau en général: tu ne peux pas faire tout le temps ce que tu veux. Par exemple, j'aimerais bien te suivre quand tu pars t’entraîner, crapahuter en montagne. Ou bien encore, trouver le temps de faire ce voyage de noces dont on rêve (15 jours de ski de rando au Canada…). Ce sont des choses comme çà qui sont contraignantes. 

Sans commentaire de l’intervieweuse… (Objectivité du journaliste oblige …)

Quel est le meilleur souvenir de ta carrière ?

Pour moi, c’est d’abord le titre de Champion Olympique à Sydney en 2000.

 

 Il y a aussi le titre de Champion du Monde en 1998 avec Vincent (Montabonel) en Deux sans barreur qui fût une grande surprise pour nous et pour notre entourage!  Ce titre a été comme une sorte de rampe de lancement. Et puis, il y a toute la saison 2005, grande année… J’ai gagné les Jeux Méd avec Franck, on s’est marié, on a participé ensemble aux Championnats du monde et, pour finir en beauté, on obtient la médaille d’or en quatre!

Et le plus mauvais ? 

Je pense que ça restera les Championnats du monde de Milan en 2003…. On ne s’attendait pas à un tel résultat (14è), pour dire, on ne s'est même pas qualifiés pour les JO d’Athènes…

 Ton but ce sont les JO de Pékin… Alors comment fais-tu pour concilier cet objectif avec ta vie professionnelle ?

J’ai la chance d’être agent EDF et d’avoir une convention qui me permet de faire un mi-temps sur l’année afin d’être détaché pour les compétitions et les stages d’entraînement. De plus mon emploi du temps chez EDF, 32h par semaine, me permet de réaliser mes 10 à 12  entraînements par semaine, tout en gardant un contact réel avec la vie professionnelle.

Et tu arrives à avoir une vie privée et du temps libre ?

Jocker… Il faut demander à ma femme…

Est-ce que tu t’estimes suffisamment reconnu vu ton palmarès?

Ben…Ce n’est pas ce que je cherche à la base. Dans le milieu de l’aviron, c’est sûr que je suis reconnu. Après, en tant que Champion Olympique, on a souvent des remarques de gens extérieurs au milieu. Ils ne comprennent pas qu’on ait à travailler, à gagner sa vie comme tout le monde et qu’on ne gagne pas des fortunes, comme les joueurs de foot. Ca te fait réfléchir mais tu reviens vite à la réalité !

Comment tu te prépares une semaine avant les Championnats du Monde ?

Une semaine avant, on rentre dans une préparation plus spécifique, c’est-à-dire qu’on réalise des entraînements plus courts et plus axés « vitesse ». On a des entraînements bien ciblés, qui visent normalement à arriver « frais » pour la finale. Mais il est vrai que dans un équipage, si on n’est pas tous dans le même état de forme, ça peut devenir délicat à gérer… Il faut être à l’écoute des autres, échanger en permanence avec le coach. Il faut être dans les bonnes dispositions pour arriver confiant le jour J et que tout soit réglé comme du papier à musique. Paradoxalement, ces automatismes ne doivent en rien, enlever ton envie de gagner, ta hargne, le grain de folie qui fait que tu vas passer la ligne devant, à la bataille pour 9 centièmes de seconde !

A quoi est-ce que tu penses avant une finale importante (JO, Mondiaux ?)

C’est différent pour chaque course, pour chaque événement, pour chaque saison…Même si en gros on retrouve toujours les mêmes choses : tu repenses à tout ce que tu as investi dans la saison, et tu penses à des choses plus ponctuelles, des images marquantes qui précèdent la compétition. Avant un départ, il y a 3 ou 4mn où tu attends sans rien faire, donc tu penses forcément à ta course mais, involontairement, tu as des flashs qui te viennent à l’esprit. (Par exemple, des paroles échangées avec le coach, avec tes proches (toi par exemple)…)

Je ferai attention à ce que je dis la prochaine fois !

A ton avis, est-ce que ton entourage (moi par exemple…) comprend ce que tu fais ? Te soutient ?

Je dirais que dans la logique, oui… puisque tu as été dans ce cas là, même si c’est vrai, ce n’est pas facile tous les jours de mener une vie de couple « classique » quand on est parti entre 120 et 160 jours dans l’année…

Jocker de l’intervieweuse…

Grande question ! Et après ? (Après ta carrière de haut niveau ?)

Là, l’intervieweuse remplit son rôle en toute objectivité, et se doit de retranscrire coûte que coûte !

Ce qui me fera arrêter le haut niveau… ce sera l’envie de fonder une famille (= enfants….). Mais, à vrai dire, tout de suite, je ne sais pas comment je vais réagir. Me connaissant, voyant les autres rameurs de ma génération continuer, ce sera difficile pour moi de rester sur le bord d’un bassin sans prendre les pelles (= rames)!

Petites questions subsidiaires :

Tes idoles ?

Stevie Ray Vaughan

 

Ton plat de prédilection ? 

Ca dépend de la façon dont c’est fait, du moment… Mais je ne dis pas, une bonne carbonnade flamande préparée par ma petite femme, ça ne se refuse pas!

Ton moment préféré de la journée ? 

La petite bière après l’entraînement…

Une bonne adresse ou un bon plan à nous faire partager ? 

« La Cauette à Bière » à Saint Sauveur, un petit village perdu à côté de Compiègne. Jean-Paul et sa femme seront ravis d’aiguiller les amateurs de bières dans leurs choix ! C’est simple, on y trouve tout ! 

Merci à toi !

 

 

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commentaires

T
Oui, j'ai honte! je ne connaissais pas ce guitariste!
maintenant que j'ai cette information, je suis rassurée...
 
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N
Je profites de cet interview pour exprimer toute mon admiration et mon respect à ces quelques personnes que je connais depuis peu,et qui sont pour moi des références d'humilité,d'amabilité,de discretion,et de tant d'autres qualités....Je parle de ces grands hommes et grandes femmes,au sens propre comme au figuré,que j'ai plaisir à cotoyer  presque tous les jours à la salle de forme.Je parle de ces rameurs,rameuses et entraineurs que sont :Jean Christophe,Fabien,Franck,Jeremy,Jonathan,Jean Marie,Charlie,Dan,Coralie(la timide),tous les autres dont je ne connais pas les prénoms....et bien entendu,Caroline(c'est quand mème son blog...),je parle de ces personnes chez qui la simplicité et la gentillesse sont ,exemplaires, naturelles, et pour lesquelles j'ai une immense consideration.Au risque de me repeter....respect!!!
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F
bon allez Caro laisse tomber l' EM , vu tous les coms de ton article postule plutôt pour une place comme reportrice au progrès!
 
a toi le pulitzer
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A
Très intéressante et instructive cette interview !  
Un «VRAI» champion JC…
Et puis bravo pour ne pas avoir été déstabilisé par la reportrice… oui par ce qu'elle n'avait pas l'air commode !!!

P.S. : A quand l’interview de Caro par JC ?!!
 
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J
Je voudai répondre aux quelques commentaires sur mon interview, soit dit en passant l\\\'une des meilleures jamais réalisée à mon sujet. (même si je ne suis peut-être pas objectif).
Pour répondre à Flo, il faut savoir que je n\\\'ai subi aucune menace durant l\\\'interview et pour l\\\'instant aucune représailles. Tout s\\\'est déroulé conformément à la convention de Genève.
Anne, c\\\'est vrai que je ne parle pas de ma passion pour la guitare si ce n\\\'est...au travers d\\\'une de mes idoles (j\\\'en ai d\\\'autres mais sur le coup de l\\\'interview...). Et oui, Stevie Ray V. était l\\\'un des meilleur guitariste, pour moi même le meilleur!
Papy Dudu! Quel honneur de faire parti d\\\'une des pages du célèbrissime fototac! Pour répondre à ta question, il faut savoir que même si la bière fait parti intégrante de l\\\'entraînement, tout comme le repos, ce n\\\'est pas la partie la plus importante, ni celle qui représente le plus de volume, quoi que. Mais si un jour la descente de bière fait parti des critéres de selection tu auras peut-être ta chance...
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