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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 09:13
Une cocotte-minute fonctionne selon un principe  simple : elle constitue une enceinte hermétiquement close qui retient la vapeur d'eau au fur et à mesure que l'eau chauffe afin d'arriver à une pression suffisamment importante pour que l'eau atteigne une température d'environ 120°C. (Ce qui a pour but d'accélérer la cuisson).

Voilà en gros ce qui s'est produit à l'intérieur de mon corps au Marathon des Causses ce samedi...

Le fameux viaduc de Millau

Récit d'un week-end ensoleillé (un peu trop pour moi) :

Trois jours après avoir eu la confirmation de notre inscription au Marathon des Causses, nous voilà en route pour Nant, petit village de l'Aveyron, coincé au coeur des gorges de la Dourbie. Sur le site, entièrement dédié au trail le temps d'un week-end, l'effet est de taille : tous les organisateurs de courses de France et de Navarre se sont réunis à l'occasion du Festival des Templiers. De quoi se concocter un programme pour les 10 ans à venir!!

Il est 13 heures samedi quand le coup de fusil retentit, annonçant le départ du Marathon des Causses: 900 coureurs s'élancent pour 40 km et 2000 m D+.
JC et moi sommes placés en première ligne (sans forcément l'avoir fait exprès d'ailleurs), en compagnie de Juju.
Je les vois s'éloigner rapidement et je prends mon rythme de mon côté. La première partie est relativement roulante en faux plat montant. Je suis dans le trio de tête, laissant les 2 premières à vue à quelques mètres devant moi. Tout va plutôt bien... Le seul truc gênant pour moi c'est, comme d'habitude... la chaleur...


1,5km... 2km... toujours pas une goutte de sueur ne vient perler mon front. Pourtant... j'ai chaud. Le soleil vient réchauffer les pierres sur le chemin et pas un coin d'ombre à l'horizon. J'ai l'impression qu'il fait 40° dehors et 100° à l'intérieur. En quelques minutes, l'effet "cocotte minute" fait son apparition. Chez moi, la fonction sudation n'a pas été fournie en option à la naissance, alors mon corps n'évacue pas du tout la chaleur.

Troisième km, les pulsations sont au max, je suis blanche et j'ai la chair de poule, presque froid. J'arrête tout... Un coup d'oeil au GPS et une question : Est-ce que je fais 1/2 tour maintenant ou est-ce je me fais rapatrier au prochain ravito?

Benoît  (Boistard) puis Véro (Dupraz) me doublent  - ainsi que des centaines d'autres d'ailleurs - dans une grimpette en sous-bois. Véro me conseille de marcher un peu pour faire redescendre doucement la température.
Un c... en me doublant me lance : "Ah c'est ça de vouloir partir comme une balle !...". Je lui réponds que quand on ne sait pas on évite les jugement trop hatifs. Enervée... je me mets à bougonner toute seule...


Alors, je me dis que c'est nul d'abandonner là, que tant qu'à être ici à autant faire la balade... que je me dois de continuer pour ma famille qui est venue m'encourager, pour Alex qui s'est démené pour m'avoir un dossard, pour tous ceux qui sont encore derrière moi... Et pour moi aussi. Car l'abandon, c'est vraiment pas mon truc... Je connais déjà ma frustration et le sentiment d'inachevé qui va me poursuivre des jours durant si j'arrête là.
Après quelques minutes, je prends la chose avec philosophie et me met à marcher tête baissée, abandonnant l'idée d'un résultat qui n'est plus à portée de chaussures. Aujourd'hui, ce sera "rando trail"jusque là où mes jambes pouront me mener.

11ème kilomètre, je marche toujours, je me retourne, il y a encore du monde derrière moi... Et tant qu'il y a du monde, il y a de l'espoir! Ma maman et ma tante m'attendent là, depuis un bon moment. Je leur demande si elles seront au 30è km, au cas où ça n'irait plus du tout. Et je prends quelques nouvelles de JC qui pointe dans les six premiers... loin... TRES loin devant moi.

Petit ravito au 13ème km : je m'asperge d'eau fraîche tant que je peux. Une légère brise vient me redonner quelques forces pour continuer... Je repars tranquillement, toujours en marchant... Dès que nous atteignons les hauts plateaux, un peu plus en altitude, la température redescend et je peux me remettre à trotter.

25ème km : après 6 ou 7 km de plat sur un plateau d'où la vue est magnifique, on attaque une belle descente technique. J'aperçois Véro puis la rejoins... Elle se retourne : "Tiens tu es là toi?" Ben voui... Du coup, je décide de lui tenir compagnie jusqu'au bout pour papoter. Les km défilent plus vite en sa compagnie, les supporters sont nombreux et enjoués sur le bord de la route. Allez Véro! Allez Caro! lancent-ils en regardant nos dossards. Des encouragements qui donnent un peu de baume au coeur pour poursuivre la route.

Le magnifique village de Cantobre, dernier ravito

Le soleil commence à sérieusement baisser et je me sens progressivement revivre... Encore une belle grimpette de 400 m + où nous croisons des dizaines de coureurs crampés, une dernière descente sympa en forêt, un long plat le long de la rivière et nous voilà dans le dernier virage avant l'arche d'arrivée...

Nous arrivons main dans la main sous les applaudissements de très nombreux spectateurs et dans une ambiance de fête. J'aurais au moins gagné ça...


Au final : 5H20 et une 14è place pour un bel entraînement grandeur nature.

Mon bilan:

Une course qui m'a fait grandir encore un peu : quand le corps a ses limites, il faut savoir arrêter de courir pour la place et le résultat final, il faut simplement et humblement accepter ses faiblesses, trouver les ressources et la motivation pour aller au bout quoiqu'il arrive ...
Pendant la route, j'ai beaucoup pensé à mon ami Laurent Tissot, qui a bouclé l'UTMB loin, très loin de ses objectifs de temps et de classement... Il n'a pas pu se montrer à son meilleur niveau et pourtant, il est allé au bout alors que tant d'autres auraient abandonnés... Le genre d'attitude que j'admire profondément et qui me pousse dans mes propres retranchements.

La fierté de voir que JC termine 7ème à quelques minutes des premiers alors qu'il venait simplement pour finir...


La joie pour mon pote Cédric, qui boucle les Templiers (72km et  3100D+) en 11 heures... Promis Céd, la prochaine fois ce sera avec moi!


Le souvenir de paysages magnifiques qui donnent envie de revenir visiter la région...
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commentaires

H
Jolie course malgré la chaleur implacable! J'ai vu le départ et ensuite rien que de me ballader dans la campagne j'ai eu chaud alors normal que pour toi en courant tu aies eu si chaud!  Tu me diras on a été bien servi le lendemain également. Dommage qu'on ne se soit pas croisé. A une prochaine peut-être...(merci kikourou  )
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L
Bravo à toi Caro ! L'option cocotte-minute est sympa, mais l''option la plus importante du corps, c'est le mental... Tu l'as ! Le mental, quand tout va bien, ce n'est pas super utile... Tu verras, il s'agira d'une des courses les plus importantes pour la suite !!! RDV sur les skis de rando et sur les sommets du Haut-Giffre!Laurent
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T
Sacré morale pour se "motiver" à faire une rando de plus de 5H quand on est parti pour beaucoup moins...Demain il fera bien moins chaud à Lyon, tu vas revivre et tout faire péter :P
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C
Chapeau Caro! C'est pas facile d'accepter de poursuivre quand on voit que ca ne va pas et qu'on ne pourra courir à son niveau, alors c'est une sacrée force de caractère que d'être allée au bout, de n'avoir rien laché, BRAVO! BRAVO! La prochaine course n'en sera que meilleure et on sait tous que tu es une championne! A bientot j'espere!
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L
Super, au moins aujourd'hui tu ne regrettes rien et tu t'es du même coup encore endurcie. Tu verras sur l'UTMB il fait moins chaud...BisesLaurent
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