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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 09:19

Plus que 2 jours avant le début des hostilités à Cazaubon (Gers), territoire d'aviron...

En effet, ce week-end se déroule le traditionnel Championnat de France "bateaux courts", épreuve qui sert de sélection pour l'Equipe de France.

Cette année, l'événement revêt un caractère particulier puisqu'à quelques mois des Jeux, (rappelons au passage que les JO, sont avant tout un événement à caractère sportif, on aurait tendance à l'oublier), les places sont chères, TRES CHERES, pour ceux qui rêvent de porter du bleu/blanc/rouge cet été...

A l'approche de ces Championnats, j'ai voulu en savoir un peu plus sur l'état d'esprit de nos champions. Et pour ne pas faire les choses à moitié, j'ai choisi de m'adresser à la JET SET des bassins, à la crème des rameurs...
JC (Bette) et Adrien (Hardy), tous deux Champions Olympiques à Sydney pour l'un et à Athènes pour l'autre, et tous deux actuellement en stage de préparation à Souston et Saint Cassien ont accepté de se poser les questions qui vont bien...

Une interview croisée des 2 hommes qui permet d'en savoir un peu plus sur leur motivation et leur état d'esprit à quelques mois de leur envol pour Pékin...

 


Adrien :

"JC, pour commencer cette interview, j’ai appris que tu avais des conditions d’entraînement difficiles, penses tu que cela puisse être préjudiciable pour les championnats de France Bateaux Courts ?"

 


 


JC :

"Non, ce n’est pas préjudiciable... Même si le programme d’entraînement en bateau n’a pas pu être réalisé à la lettre à cause des conditions météo qu'on a subi à Souston, l’expérience de ces dernières années nous permet Franck et moi, d’être moins exigeants sur le nombre de kilomètres à faire ensemble.
L’important reste le travail de vitesse qui est fait la dernière semaine et par lequel il faut retrouver les sensations de course.

... En parlant de conditions difficiles et du fait que l’on ne s’entraîne pas au même endroit, une question me vient à l’esprit....
Cela fait maintenant quelques saisons que le choix à été fait de séparer le groupe « couple » du groupe « pointe », aussi bien en termes de lieux de stage que de budget. Penses-tu que cela a pu installer une sorte de rivalité entre couple et pointe, et au final penses-tu que c’est une bonne chose pour les rameurs ?"


 


Adrien :

"Je pense qu’il a toujours existé une rivalité entre les deux secteurs, même du temps ou nous faisions les stages ensemble. Cette rivalité qui a toujours été saine entre les rameurs est, je pense, un des facteurs de la réussite du groupe comme celle qui existe entre TC et PL.
Maintenant, le fait de faire des stages séparés a peut-être pu créer des dynamiques différentes et un manque de repères pour certaines catégories en manque de leader, comme les filles ou la pointe TC sur l’olympiade précédente.
Cela leur a demandé de se forger tout seul, ce qui prend plus de temps. Mais maintenant l’équipe de France est, je pense à un niveau de performance très élevé dans presque tous les secteurs, et va aux Jeux avec un potentiel exceptionnel. Du coup, au final ces rivalités auront été une bonne chose.


... De ton côté, cela fait maintenant 6 années que tu gagnes ce titre de Champion de France, quelquesoit ton coéquipier. Quels sont tes secrets pour que ta motivation reste toujours intacte au moment d’aborder la tête de rivière ?"

 


 


JC :

"Chaque année est un challenge différent. Chaque année on se remet en question. Le passage des Championnats de France bateaux courts est une étape importante et c’est en même temps la première vraie course de la saison. J’ai donc à chaque fois la même envie d’en découdre à l’approche des courses, et plus les titres s’accumulent, plus le challenge est beau...

Mais dis donc Adrien! je pourrai te poser la même question ?!
Cela fait maintenant quelques années que tu es le leader du groupe couple en étant Champion Olympique en titre et régulièrement médaillé au niveau international. Comment abordes-tu l’étape des Championnats de France bateaux courts, sachant que tu n’es pas forcément le skiffeur N°1 chaque année ?"

 

 


 


Adrien :

Dans ma catégorie, comme dans d’autres, le niveau individuel général s’est densifié à vitesse grand V en 4 ans. Pour rappel, en 2004 un bon ergo était autour des 5’56. En février, pour être simplement dans les 3 premiers, il fallait taper le 5’51!!
Le niveau technique s’est bien homogénéisé aussi en 3 ans. C’est pourquoi, comme tu l’as fait remarquer, je ne suis plus qu’"outsider" sur les championnats de France Bateaux Courts !
Mais mon palmarès, l’expérience qui va avec, et mes qualités dans un bateau long me servent encore et j’essaie toujours d’en faire profiter le groupe en vue de ces tests... Mais, il est évident que je ne suis pas dans ta position et qu’il ne faudra pas que je « laisse ma part aux chiens » ce week-end, les jeunes ont les dents longues !!


En ce qui te concerne, vu que nous sommes en année olympique, j'aimerais savoir si tu as fait quelque chose de spécial dans ton entraînement pour parfaire ta préparation ?

 


 


JC :

Non, de mon côté la préparation reste la même qu’une année normale, la seule chose qui change c’est que je serai détaché complètement de mon travail après les Championnats de France bateaux courts, comme ce sera d’ailleurs le cas pour un certain nombre de rameurs sous convention.


 


 

Adrien :

La hiérarchie française paraît assez stable dans ta catégorie. Penses tu que ce soit plutôt un avantage ou un inconvénient pour progresser en bateaux longs ?

 


 



JC :

C’est vrai que la hiérarchie en deux sans barreur poids-léger n’a pas beaucoup changé ces dernières années, mais le niveau de performance des leaders s’est toujours situé parmi les meilleurs si l’on s’en réfère aux temps pronostiques.
Par contre, la densité n’est pas là... Et même si pour l’instant, on arrive à sortir un collectif A de 6 rameurs compétitifs au niveau international, la relève n’est pas encore là et c’est un petit peu inquiétant pour les années futures...

 


 


 

Adrien :

Tu es déjà champion olympique et tu seras le seul dans ton bateau à avoir déjà participé aux J.O. Comment comptes-tu partager cette expérience et utiliser cet atout ? Tes coéquipiers sont-ils demandeurs et curieux ?

 


 


 


JC :

J’ai la chance de ramer avec les mêmes équipiers depuis le début de l’olympiade et cette expérience j’essaie de la partager à chaque fois que cela est possible. A l’heure actuelle, je n’ai plus grand chose à apprendre à mes équipiers en termes de gestion de course ou de sensation, la seule chose que je puisse leur apporter en tant que Champion Olympique, c’est la confiance en notre équipage et l’envie de gagner.

Et toi de ton côté Adrien,  tu es Champion Olympique en titre du 2X. Cette année si tout se passe bien, tu vas avoir la chance de défendre ton titre et pour cela beaucoup d’adversaires et aussi beaucoup de médias vont t’attendre au tournant ! Est-ce une pression supplémentaire sur tes épaules ou une autre source de motivation ?

 




Adrien :

Le fait d’être champion Olympique sortant sera évidemment une pression supplémentaire qu’il va falloir gérer parmi tous les éléments de la performance. Je compte plus utiliser la construction du titre que l’on avait mis en place il y a 4 ans avec Jean-Raymond (Pelletier, entraîneur) et Seb (Vieilledent, coéquipier), qui elle est une source d’inspiration de tous les jours.
Enfin en ce qui concerne la pression au départ d’une course, on a tous 2000 mètres à faire et on va tous en chier si tu me permets l’expression ! Aux JO, j’essayerai surtout d’aborder cette course comme n’importe quelle autre, de façon à ne pas perturber mon jugement!

Question subsidiaire à réponse facultative...
Si on met sur un même pied d’égalité les médailles olympiques et non olympiques, JC tu es le rameur français qui a le plus beau palmarès. Sur les trois dernières années, tu es dans le seul bateau médaillé à chaque fois. Pourtant tu n’es pas forcément le rameur le plus sollicité par les médias. Comment expliques-tu cela et comment le vis-tu ?

 

 



JC :

 

Je pense qu’une grosse part de l’explication réside dans le fait que je fasse partie d’un équipage de 4 rameurs. Du coup, c’est beaucoup moins facilement « médiatisable », du moins si l’on veut mettre en évidence une seule personne.
Mais ce n’est pas une chose qui me gêne... Bien sûr j’aimerai que l’on parle parfois un peu plus d’aviron dans les médias, mais personnellement je ne cherche pas spécialement à être mis sous les feux des projecteurs.

Et maintenant à mon tour de poser la question subsidiaire à réponse facultative!
Ce sera pour toi la 3è participation aux JO et donc déjà quelques années passées loin de ta femme et de tes enfants en cumulant les stages d’entraînement. Comment gères-tu ta vie de famille ? Comptes-tu continuer le haut niveau une fois les JO passés ?

 

 


Adrien :

Parmi mes qualités, j’ai surtout une femme formidable !!! En plus de comprendre la situation, elle a aussi eu l’excellente idée de devenir institutrice.
Cela nous permet de nous voir assez souvent même pendant les stages car elle et mes filles, viennent me voir.
En plus de cela, mes résultats internationnaux  et les quelques pépettes qui en ont découlées nous permettent aussi d’aménager encore son temps de travail pour que tous les 4 nous puissions trouver un équilibre.
Enfin, en ce qui concerne l’après JO, pour l’instant j’ai toujours la fibre alors j’espère pouvoir continuer encore un peu, mais je vais prendre chaque année l’une après l’autre!

 


 

 

JC : 

Nous avons tous les 2 cette année, l’opportunité d’être les premiers doubles Champions Olympiques de l’aviron. Déjà ma question c'est : est-ce que cela représente un aspect fort de ta motivation pour les JO ?

 

 




Adrien :

Depuis 4 ans, j’ai cette idée en tête, ce n’est pas mon leitmotiv tous les matins, mais de temps en temps je l’utilise pour me motiver ! En effet, qui m’aurait dit qu’un jour je pourrais égaler et peut être dépasser les grands noms de mon enfance : Rolland-Andrieux ?
Comme en plus, je ne me présente jamais à un Championnat quelqu’il soit pour faire autre chose que premier, il est évident que je ne compte pas aller en Chine pour la visite... et toutes les sources de motivation sont bonnes à prendre.

 


 

 


JC:

Ok, et penses-tu que le fait de rentrer dans le cercle fermé des multiples Champions Olympiques, pourrait permettre à la discipline d'avoir une place plus importante de le paysage médiatique français?  

 




 

Adrien :

Je pense en effet que ces résultats amèneront une meilleure connaissance de notre discipline mais surtout une meilleure connaissance de 1 ou 2 personnalités de l’aviron français.
En effet, si on prend Tony Estanguet, Laura Flessel ou Florian Rousseau, ils ont acquis auprès du grand public une meilleur notoriété. Mais ce n’est pas pour ça que l’on voit plus d’escrime, de canoé-kayak ou de cyclisme sur piste à la télévision ou dans les journaux...
Hélas, à mon avis, le foot restera sport numéro un !



Je n'ai qu'une chose à ajouter ... Vivement ce week-end, qu'on assiste à des courses à suspens, et des finishes impressionnants sur le lac de l'Uby.

Et bon vent à vous deux...

 

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commentaires

A
Merci Caro pour cet entretien croisé : de bonnes questions et d'aussi bonnes réponses des champions Jean-Christophe et Adrien!Bonne chance
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